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Compte-rendu de la rencontre ACFEB Rhône-Alpes du 9 mars 2012

            Ce vendredi 9 mars, le groupe Rhône-Alpes de l'ACFEB a eu le plaisir d’écouter et de dialoguer avec monsieur Eberhard Bons, professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg, à propos de l’ouvrage Le monothéisme biblique. Evolution, contexte et perspectives (Lectio Divina 244 ; Paris, Cerf 2011).

Cet ouvrage naît d’un programme de recherche développé durant six ans par les exégètes catholiques et protestants des facultés de théologie de Strasbourg, au moyen de 3 rencontres par semestre (vendredi 17h-19h), ainsi que des journées d’études. Les textes ont été repris et éventuellement actualisés pour la publication. A l’origine du questionnement sur le monothéisme biblique, on trouve une double découverte archéologique, celle d’inscriptions du IXème s. mentionnant « Yhwh et son Ashéra », ce qui interroge les affirmations du texte biblique sur le Dieu d’Israël et son rapport aux divinités des peuples voisins.

           Mais, plutôt que se demander quand le monothéisme naît, on s’est intéressé à des questions d’identité et de vocabulaire, ce qui a permis aussi de collaborer avec des collègues historiens et littéraires. Comment a-t-on cherché à exprimer l’unicité et l’incomparabilité du Dieu des juifs et des chrétiens? Comment concevoir la spécificité du Dieu unique, tout en mentionnant d’autres dieux et êtres célestes? Comment le monothéisme juif et chrétien a-t-il reçu la façon dont les érudits et les philosophes issus du monde « païen » évoquaient le Dieu un? Le parcours dépasse le seul judaïsme et concerne aussi le christianisme : comment concilier l’affirmation de la divinité de Jésus avec le monothéisme ? Mais il s’étend aussi aux philosophes païens, porteurs d’un monothéisme philosophique dans un contexte de pluralité…

            Le débat nourri qui a suivi nous a permis, en passant des récits de création au prophète Jonas porteur d’un message à Ninive, et jusqu’à l’Apocalypse, de nous approprier le questionnement proposé par Eberhard Bons, jusque dans des questions pastorales assez actuelles.

            Dans la deuxième partie d’après-midi, François Lestang a proposé un court exposé sur « le peuple de Dieu dans Lc-Ac », en vue de la préparation du congrès de Lyon 2014. Après avoir cité une conférence du cardinal Ratzinger sur l’ecclésiologie de Lumen Gentium où le futur pape cite l’exégète allemand Werner Berg pour soutenir que le thème biblique assez rare du « peuple de Dieu » exprime d’abord une relation « verticale » à Dieu, on a rappelé l’attrait lucanien pour ce terme de « peuple », qu’il emploie 84 fois, soit près de 2/3 des emplois du NT. Normalement, Luc emploie même le syntagme « le peuple (ho laos) », qui désigne habituellement le peuple d’Israël, comme opposé aux « nations ». Mais divers passages des Actes (3,22-23 ; 15,14 ; 18,10) ne dessineraient-ils pas un processus de remplacement des Juifs par les croyants en Jésus comme « le peuple » de Dieu, allant de pair avec la triple annonce paulinienne d’un abandon de la mission auprès des Juifs (13,46 ; 18,6 ; 28,28) ? Un tel remplacement est assez manifeste dans la finale matthéenne de la parabole des vignerons homicides (Mt 21,43). Cependant, dans le contexte narratif lucanien qui voit Paul continuer encore et encore à aller vers les synagogues, dans chaque lieu où il passe, et où le récit valorise nettement le judaïsme, y compris dans sa ritualité (Temple, circoncision), c’est plutôt une logique d’agrégation à Israël qui définit l’Eglise, par la grâce de Dieu, ce qui rejoint la verticalité dont parlait Joseph Ratzinger, mais aussi le grand exégète belge Jacques Dupont.

            Le débat qui a suivi cet exposé nous a permis d’évoquer les diverses compréhensions actuelles du rapport de l’œuvre lucanienne à Israël, et s’est élargi à des propositions de thématiques pour le congrès de 2014. Le comité scientifique du congrès se réunira dans les prochains mois.

            En fin d’après-midi, divers livres nouveaux ont été présentés, dont certains écrits par les membres de l’ACFEB Rhône-Alpes. Signalons ainsi :

-          Pierre de Martin de Viviès, Oracle du Seigneur. Amos, Osée, Isaïe (Lyon, Profac 2012), 332 p.
-          Philippe Lefebvre, Joseph. L’éloquence d’un taciturne (Bible en main ; Paris, Salvator 2012) 267 p.
-          François Lestang, Annonce et accueil de l'évangile. Les figures individuelles de croyants dans le deuxième voyage missionnaire de Paul (Ac 16,6-18,18) (Etudes bibliques 63 ; Pendé, Gabalda 2012), 269 p.

Pour les prochains mois, outre les colloques du RRENAB (Louvain, 24-26 mai, « Le lecteur »), de la faculté d’Angers (7-8 juin, « Modèle céleste. Bâtir et célébrer selon le modèle d’en haut dans la Bible et ses lectures ») et du Cadir (Lyon, 25-26 juin, « La signifiance : formes et énonciation dans la lecture sémiotique »), certains membres du groupe ont émis le désir d’une formation au programme informatique Bibleworks, qui en est à sa 9ème version. Contact sera pris après les vacances de Pâques pour proposer, en mai ou en juin, un séance de prise en mains ou d’approfondissement de ce logiciel, qui n’existe qu’en anglais, mais peut rendre d’appréciables services aux exégètes.

            Enfin, voici les dates de rencontre de l’an prochain : les vendredi 23 novembre 2012 et 12 avril 2013 après-midi, pour poursuivre la préparation du congrès de 2014.